Les Ô troubles

Les Ô troubles

The theater bizarre

Suivez cette jeune femme (Virginia Newcomb) et pénétrez dans les entrailles de ce théâtre agonisant où, sous ses yeux effrayés et ébahis, le mouvement saccadé des marionnettes et la voix accentuée d’Udo Kier en automate, vous présenteront six sketches horrifiques…

 

 

 

 

 

1. The mother of toads (Richard Stanley)

Partir en vacances dans les Pyrénées avec un passionné d’anthropologie peut vous conduire à d’étranges et perfides rencontres…

Un mot pour définir ce premier « conte » : visqueux !

« Lovecraftien » sur fond de décors pyrénéens, ça colle la gorge ! (Essayez de boire une ponte de crapaud et je pense que ce sera à peu près la même chose). J’ai plutôt bien aimé, à prendre comme un classique magnifié par l’ambiance, la pesanteur des paysages. La demeure de la mère des crapauds (personnage clef de l’histoire, la fameuse rencontre qui foire vos vacances !) est elle-même  un amoncellement qui semble pourrir délicieusement sous les yeux du spectateur (surtout lorsque l’on sait quels personnages douteux cette demeure a accueilli avant de passer à l’écran…). À cela s’ajoute une musique déroutante que je trouve plutôt agréable.

Pour être brève, comme l’est l’histoire : sympathiquement gluant !

 

2. I love you (Buddy Giovinazzo)

Un couple se déchire, chacun expose son point de vue d’une manière froide, méthodique.

Un appartement glacial, un ton tranchant, une femme destructrice et un homme manipulateur. Cette petite bande vous mettra sans doute mal à l’aise, l’ambiance aseptisée et les doubles propos, les deux visions et les arguments perturbent. C’est particulièrement le récit bref et « concret » que fait la femme de son avortement qui m’a plu (soit une phrase…). Comme son prédécesseur, ce petit sketch est classique et rapide...je n’ai pas trop accroché et aussi stupide que cela puisse paraitre je crois que je dois ce manque d’engouement à l’omniprésence de la couleur blanche…Cependant, la fin, qui, sans spoiler, reste très basique, a le mérite de donner un peu d’intérêt au film, un petit quelque chose qui craque sous la dent.

 

3. Wet dreams (Tom Savini)

Le rêve, l’onirique…tout un programme qui pourrait vous bercer de belles illusions…mais détrompez vous, ici il est question d’un macho violent et infidèle dont chaque songe s’achève par une castration…et la tendrement cruelle présence de sa femme…

Petit sketch plutôt jouissif même si quelque peu simple. J’ai particulièrement aimé la place de l’épouse dans la deuxième partie et la petite touche Savini !

L’ambiance générale est plus écœurante que dans I love you dans le sens où hémoglobine, scie circulaire et coton-tige souillé y jouent (selon moi) un rôle plus important que les dialogues. Et que dire de cet horrible plat cuisiné dès le matin…Plus le film avance et plus on apprécie l’épouse et les « bons » soins qu’elle confère à son mari…On ne pense pas forcément dès le début que tout ira aussi loin et pourtant…si ! (Mais je vous laisse découvrir).

Le passage perpétuel d’un rêve à un autre, de la réalité à l’onirique m’a doucement amusé (même si ce n’est pas très original). Qui n’a jamais essayé de se réveiller d’un cauchemar…ou de se rendormir si le rêve est séduisant ? Je trouve l’histoire simple mais bien illustrée, à condition de ne pas être sujet à une phobie de la castration…

 

4. The accident (Douglas Buck)

Nous avons tous, un jour ou l’autre, volontairement ou non, été confrontés à la violence et à la cruauté du monde qui est le notre. C’est précisément ce qui arrive à la fillette mise en scène ici : une route de campagne avec sa mère, deux motards, un animal peu effrayé par la présence du bitume…et les questions qui en découlent…d’une fille à sa mère…

Rapide (environ dix minutes) ce sketch n’en reste pas moins surprenant. Il tranche clairement avec les autres, s’éloigne des classiques du genre que présentent ses prédécesseurs. Construite autour d’un dialogue auréolé d’amour, la toile de fond n’en reste pas moins la mort, et l’inévitable moment où une mère annonce à son enfant l’horrible sort auquel elle l’a condamné en le mettant au monde…

J’ai été émue par ce film, non pas pour les humains (peu m’importe ces cancers ambulants) mais pour cet animal qui, parce que de vulgaires hommes s’approprient ses terres, se voit charger du fardeau de la culpabilité…(et si vous me trouvez « cliché » sachez que je vous biiip).

Pour moi il n’y a rien d’autre à préciser ici parce que ce court métrage m’est apparu comme une invitation à entrer dans la confidence, et chacun la reçoit à sa façon.

 

5. Vision stains (Karim Hussain)

Quelle étrange découverte : le blanc de l’œil, prélevé au bon moment avec une seringue, permet d’avoir accès à tous les souvenirs de la vie d’une personne…C’est ce que découvre ici une femme qui n’a jamais rêvé…

Tuer les clochardes héroïnomanes pour jouir de leurs souvenirs…le thème peut paraitre simple, mais ce serait sans compter sur le travail de Karim Hussain qui nous enferme ici dans une douce lumière, bien au chaud, au cœur de l’immonde. Aucun ressenti lors des premières scènes, un shoot standard, comme une envie de planer…puis le retour à la réalité et une nouvelle seringue qui cette fois prélève…Rien d’exceptionnel, un mélange entre drogue, voyage et cinéma. Puis, rapidement on rencontre mieux celle qui s’approprie, et on essaie de comprendre, mais on se retrouve parfois un peu coincé par la voix off (que j’ai trouvé surfaite !).  Pour être clair : ce sont les décors qui font le film, et l’omniprésence de la drogue et de la mort…

 

6. Sweets (David Gregory)

Et si l’amour et le sexe étaient remplacés par l’ingestion bourrative de sucreries dégoulinantes, à quoi ressemblerait une scène de rupture ? Et une haute trahison ?

Dans une ambiance  multicolore et crasseuse, barbe à papa et régurgitation, on rencontre nos deux protagonistes kitchs à souhait ! Trop même, il n’y a pas de délicatesse dans les clichés. Elle ne veut plus de lui, il pleure, mange, vomit, remange…Voilà le gros du film. Mais la fin, elle, m’a beaucoup plus intriguée, puis presque séduite. Malheureusement le gros, le flagrant, délit de provocation m’a un peu coupé dans mon élan…Cependant, le côté décousu et l’aspect des personnages (tenue, attitude, sourire) dans la deuxième partie m’a mise à l’aise, et puis, il y a ces femmes, juchées sur leurs talons tandis qu’un pauvre mâle se retrouve entravé…Enorme cliché mais que j’apprécie quand même ! Et très sincèrement, je préfère voir un être humain se faire manger plutôt qu’un cerf…

Et si nous pouvions y voir autre chose ? Et si cela soulignait ce trop-plein de « bouffe » qui dégouline de nos rayons aseptisés, de nos frigos jaunâtres, de nos assiettes dégoutées ? Et si nous devenions tous absurdement obsédés par ce qui, à l’origine, n’était qu’un besoin peu commode ? À quoi ressemblerait le monde déjà vérolé par notre présence ?

Pour conclure, et quoi qu’on en dise, j’ai bien aimé la fin !

 



06/01/2013
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