Les Ô troubles

Les Ô troubles

Long John Silver, 4 tomes aux éditions Dargaud, scénario et dialogues de Mathieu Lauffray & Xavier Dorison, d’après une idée et un traitement original de Xavier Dorison, dessins et couleurs de Mathieu Lauffray, I : 2009, II : 2010, III : 2010, IV : 2013

7,5/10

 

        Vous l’aurez peut-être remarqué, il y a peu j’ai eu une phase pirates. Donc, quoi de mieux que les aventures du sombre Long John Silver pour me rassasier !

Tout au long de ces 4 volumes, on suit une équipée extraordinaire, où les hommes, la mer et le danger vous offrent un quotidien moite et anxiogène, battu par l’océan et les eaux ténébreuses de l’Amazone…

 

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        Tout débute (vol. I : Lady Vivian Hastings) par la volonté d’une femme, aux traits magnifiquement traduits par Mathieu Lauffray. Bien décidée à ne pas se laisser ruiner par un époux parti au loin et une société masculine un brin dominatrice, elle n’hésitera pas à faire le choix qui amorcera l’histoire. En cette fin de XVIIIe siècle, la soif de l’or pousse les plus courageux  (ou les plus fous…) à chevaucher les océans, et son Lord n’a pas hésité à l’abandonner pour rejoindre son rêve : la citée de Guyanacapac. Seulement, voilà, non content de l’avoir isolée, voila qu’il la ruine à présent ! S’en est trop, et dans son décor de château livré aux vents, la Lady se décide à rejoindre son époux. Oh non, ce n’est pas par amour ou niaiserie qu’elle se lance dans l’aventure, cette femme est un personnage hautain et fort, pour qui les hommes ne sont que des ennemis. Dénicher une bande de pirates absolument pas fréquentable, un détail pour cette Lady qui ne semble pas femme à remords !  

 

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        Ainsi se déroule le premier volume qui nous offre une présentation soignée et remarquable de ceux qui deviendront nos compagnons de route. On y découvre les traits de Mathieu Lauffray, et on ne peut que succomber aux charmes de cette dame que le scénario de ce même Mathieu et de Xavier Dorison sert à merveille. Nous sont aussi dévoilés les compères de Long John Silver, qui répondent exactement à ce que nous pouvions attendre de pirates. Et enfin, Long John lui-même, qui mêle sentiments noirs et carcasse d’ogre. Il est des premiers tomes qui ne vous donnent absolument pas envie de connaitre la suite, ici, ce n’est pas le cas. Déjà, les secrets s’immiscent, on comprend que chacun cache quelque chose. Puis, on observe la troupe et le plan, et on ne peut pas se dire qu’on devine la fin. Un médecin renfrogné, une Lady dominatrice, une servante rancunière, un capitaine aveuglé par son but… Et au cœur de ce groupe, la gangrène immiscée par Long John… J’ajoute un pacte signé de sang, une grossesse dissimulée…

Ainsi s’achève le premier volume et déjà le Neptune prend la mer…

 

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        Le deuxième tome (vol. II : Neptune) nous jette à l’eau. Le graphisme ne nous permet jamais de l’oublier et on a presque l’impression d’entendre grincer la coque, claquer les voiles et fouetter les embruns ! (Comment ça, j’ai des envies d’Océan ?). Le caractère des différents personnages se révèle, la promiscuité et les situations violentes en dévoilent aussi bien l’ardeur et le courage que le cynisme et les faiblesses. Bien sûr, on reste ici dans une bande dessinée, ce n’est pas du Baudelaire non plus, et il n’y a aucune finesse dans la déclinaison des sentiments, mais là, ça me va ! Tout chavire, rapidement on perd une fois de plus le contrôle du récit, notre Lady nous parait de plus en plus fragile et Long John véritable maître à bord, quant à ce mystérieux indien, Moc, censé les guider…je ne lui confierai pas ma vie ! D'ailleurs, des vies, certaines commencent à disparaitre dans ce volume, et des corps sont jetés à la mer… Ce que j’aime dans ce genre d’histoires qui se déroulent sur les flots, c’est l’étroitesse des alternatives, le peu de place laissé au doute, tous confrontés avant tout à la nature et au partage d’un faible espace de vie, les réactions n’en sont que plus fortes. Et bientôt, les premières terres…

 

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        Ainsi débute le troisième volet de l’aventure (Vol. III : Le Labyrinthe d’émeraude)  et « Le Maelström veut notre mort » ! L’immensité des vagues, la dureté des falaises, une fois de plus…romanesque ! On va mettre pied à terre, enfin, presque, disons plutôt qu’on pénètre des terres qui le prennent comme un viol, et tout est permis pour désarçonner l’adversaire. Rien ici n’invite à la confiance, disparitions et sombres présages parsèment le terrain d’inquiétude. Seuls Long John et Lady Hastings nous rattachent à un soupçon d’espoir, confiants comme le sont ceux qui n’ont rien à perdre et que personne n’attend, nulle part. Les angoissent se cristallisent dans ce tome, et c’est un coup de vent avant l’arrivée de l’orage : les pièces d’une machinerie se mettent en place, on ne sait pas quand l’infernal se mettra en marche ni qui le déclenchera, mais quoi qu’il en soit, quelque chose vient… Un soupçon de magie noire ancestrale souffle aussi sur nos craintes, ajoutant à la nature hostile et au doute mortifère son odeur fétide…À ce moment, je vous conseille vivement d’avoir le tome IV sous le coude !

 

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        Enfin sonne l’heure de toutes les réponses, du dénouement, le tome IV (vol. IV : Guyanacapac). Et bien très franchement, je serai brève parce qu’ici la doctrine est de ne pas spoiler, mais…je ne m’attendais absolument pas à ça et ma surprise fut des plus agréables ! Ouch, quand même ! Un visuel parfait pour une mise ne scène parfois facile, mais toujours soignée, crédible et époustouflante !

 

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        Tout au long des quatre tomes, les teintes choisies servent à merveille les propos et l’évolution du récit, du bleu des mers aux turquoises amazoniens, sans oublier la chaleur de l’or et le rouge du sang et du feu ! À cela s’ajoutent une intrigue palpitante et inattendue, un ennui inexistant et des héros taillés dans la roche et le cristal. Seul bémol pour moi, quelques simplicités par instant, dues au format je pense. Mais rien qui ne peut se vanter d’avoir gâché un bon moment. Il s’agit, comme le précisent les auteurs, d’un hommage au roman de R. L. Stevenson, la célèbre Île au trésor, et par son rythme, ses symboliques et bien sûr, la massive présence de Long John, on peut dire « bravo » messieurs, c’est chose faite !

 

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07/10/2014
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