Les Ô troubles

Les Ô troubles

Les éperons, Tod Robbins, aux Éditions du Sonneur (2011) VO : Spurs, publié pour la première fois en 1923 dans le Munsey’s Magazine

        Devenu riche grâce à un héritage inattendu, le nain Jacques Courbé, l’un des phénomènes de foire du cirque Copo, obtient la main de Jeanne Marie, la belle et calculatrice écuyère. Convaincue de pouvoir profiter de cette fortune avec son amant, elle se moque ouvertement de son nouvel époux lors de leurs noces. Mais rire d’un homme susceptible, aussi petit soit-il, peut s’avérer dangereux, surtout lorsqu’il est accompagné d’un redoutable molosse. Tod Robbins (1888-1949) brosse dans cette nouvelle une mordante et vicieuse peinture des mœurs du cirque, un texte à la source du sidérant Freaks, la monstrueuse parade, le célèbre film de Tod Browning. (4e de couverture)

 

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        Voilà une « découverte » que je ne suis pas prête d’oublier !

Tout a commencé par une envie de revoir le superbe, le magnifique, le génialissime film Freaks, de Tod Browning. Je l’ai regardé, regardé à nouveau et regardé encore. Cette Monstrueuse parade est juste fascinante, sur le fond, sur la forme. Je ne peux pas ici reprendre tous les éléments qui me la font tant aimer, mais j’espère pouvoir y revenir ultérieurement.

Je me suis donc renseignée un peu sur les acteurs, le réalisateur et bien sûr, l’œuvre qui précéda la bande. C’est par ce petit cheminement que je me suis procuré Les éperons, la nouvelle qui inspira le film de Tod Browning. Outre un texte sur lequel je vais revenir, cet achat m’a aussi permis de découvrir les Éditions du Sonneur dont je salue sincèrement le travail de réédition, l’attachement et le soin apporté à leurs textes.

 

        Le texte justement, je l’ai attaqué sans savoir le moins du monde à quoi m’attendre. En quoi le film est-il son adaptation ? Quels éléments vais-je retrouver ou non ?

Première constatation, le récit est court (une soixantaine de pages) donc forcément, certains éléments sont bien moins étoffés. Par exemple, vous ne trouverez ici que très peu de détails sur les autres membres du cirque, sur leur vie quotidienne, leurs relations (l’une des richesses du film de Tod Browning). On ne les rencontre vraiment que lors du repas de noces et seuls certains traits de leur personnalité apparaissent. Contrairement au film, il est d’ailleurs intéressant de relever que l’entente est loin d’être cordiale, pas de « one of us » ni de coupe partagée. Une concurrence malsaine préside et le sentiment de solidarité semble éclipsé par l’ego des invités. D’ailleurs, la fête s’achève plutôt mal… L’avant-mariage quant à lui n’occupe qu’une fugace partie de l’ouvrage et le seul allié et ami que semble avoir à nous présenter Jacques n’est autre que son grand chien, Eustache.

 

        Si nous prenons l’histoire par chapitre, la première partie du livre nous expose le point de vue de Jacques Courbé, ce nain au caractère fort et aux idées claires. Il s’y présente comme un valeureux chevalier et le registre héroïque l’emporte sur tout le reste : noble destrier, dame et hauts faits. On découvre un personnage qui rêve, un être qui vit indéniablement dans son monde, mais un monde où malheureusement pour lui, l’amour est une erreur.

        Rapidement d’ailleurs, le ton change. Fou d’amour, Jacques décide de parler à Jeanne Marie malgré l’attitude récalcitrante d’Eustache à son égard. C’est au contact de cet être qui incarne tous les espoirs de notre héros que la vérité frappe le lecteur de plein fouet : le chevalier devient « microbe ». Tout comme dans l’adaptation de Tod Browning, ce n’est pas un mariage d’amour que prévoit la belle, mais une union d’intérêts dans laquelle Jacques sera bafoué sous les rires et les railleries les plus détestables. Ici, il n’y a pas de distinction entre les sentiments : les bons comme les mauvais sont ou seront trainés dans la boue.

 

« Je vous préviens, mademoiselle, on ne se moque pas de Jacques Courbé »

 

        Cette phrase, aucun doute que la belle et intéressée Jeanne Marie aurait dû la prendre au sérieux…elle va le découvrir à ses dépens. La vengeance du rêveur est juste délirante ! Je ne vous dis rien, pour que vous ayez le plaisir de la découvrir par vous-même, mais sachez qu’elle n’a rien à voir avec celle du film ! Plus enviable ? Je ne saurais le dire, mais absolument noire et totalement effrayante ! Dans tous les cas, il vous sera dur de reconnaître la belle artiste du début, que ce soit dans le film ou dans le livre. Pour reprendre le texte :

 

« Incroyable, la rapidité avec laquelle on peut purger une femme de ses démons - avec des éperons »…

 

        Pour conclure sur ce texte, il a su me convaincre, à la manière d’une petite fable grinçante il vous mènera sans fioritures aux limites de la vengeance…



22/09/2014
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