Les Ô troubles

Les Ô troubles

Le Tunnel, de Junji Ito, aux Éditions Tonkam, Junji Ito collection n°13, Janvier 2013 (Itou Junji Kyoufu Manga Collection)

        Mami va mourir, les médecins en sont sûrs. La jeune fille est persuadée de voir la mort rôder dans les couloirs de l’hôpital dans lequel elle séjourne. Cette mort qu’elle aperçoit fréquemment, n’est autre que Monsieur Mukoda, un patient qui intéresse les médecins, car ses rêves semblent le transporter hors de l’espace et du temps…

 

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        Que dire à part : « mais pourquoi ne me suis-je pas penchée plus tôt sur le travail de Junji Ito ! » De cet esprit sortent des merveilles de monstruosité, entre horreur et angoisse, onirique malsain et esprit malfaisant. Depuis ce premier volume lu, je dévore ses mangas et ne pense pas m’en lasser dans l’immédiat…

 

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        Ce tome se compose de cinq petites histoires d’épouvante, savamment écrites et mises en scène par l’auteur. Tout comme pour Le manoir de l’horreur d’Ochazukenori, on ne peut absolument pas prévoir ce qui se trouve derrière chaque titre, et c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup. Junji Ito n’est pas prévisible : esprit, petites créatures destructrices, dieu buveur de sang, folle meurtrière…bref, un beau patchwork d’esprits dérangés, pour notre plus grand plaisir. Le graphisme est très lisible, adapté et efficace. Les personnages ont l’avantage (qu’on ne retrouve pas dans tous les mangas) d’être expressifs pour le meilleur et pour le pire. La longueur des histoires est parfaite pour apprécier sans se lasser. Mais, arrêtons-nous un peu sur chacun des cinq récits ;

 

        Le premier, intitulé « De longs rêves », est dérangeant sans être violent. Il crée une ambiance angoissante et surprenante, entre les murs d’un hôpital. Un homme rêve, et ses voyages oniriques durent longtemps…si longtemps qu’en une nuit, il a vécu bien plus que quiconque en 10 ans…Il se réveille donc terrifié, pétrifié à l’idée de vieillir si vite. Et si un jour il ne se réveillait plus, mort d’avoir vécu un rêve interminablement long ? Et pourquoi semble-t-il connaitre cette patiente d’un autre service, qui elle, l’ignore totalement ? Je vous laisse vous faire une idée seul, pour ne pas spoiler, mais sachez que le visuel y est surprenant. Junji Ito joue avec des éléments qui seraient invraisemblables ailleurs que sous sa plume. On ne peut pas parler ici de violence, mais de malaise, d’inquiétude sournoise.

 

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        Le deuxième texte est génial ! Imaginez : un tunnel, isolé, ancienne voie de chemin de fer, qui vous attire irrésistiblement. Ce même tunnel possède une réputation à faire frissonner les plus aguerris… Une sinistre légende urbaine l’entoure, entre une montagne du Diable et un train fantôme. Une goutte de sang tombe de la roche qui vous domine, alors, le train damné, et les âmes sans repos approchent... Bien que sa mère y soit morte, Goro s’y aventure…à ses risques et périls. Ce qu’il va y vivre, je vous laisse le lire et le voir par vous-même… Une fois de plus, il n’y a pas de violence visuelle, mais une peur cotonneuse, un classique de légende urbaine auquel l’écho du tunnel donne une profondeur parfaite !

 

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        Vient ensuite « Le buste de bronze »…ou la folie dérangeante d’une femme qui, à travers les œuvres de son énigmatique sculpteur, réalise ses rêves macabres. Il y a ici quelque chose de plus attendu, mais toujours surprenant et horrifiant lorsque lui tombe entre les pâtes une brochette de victimes toutes désignées. Les statues sont, dans ce texte, bien plus qu’une image, bien plus qu’un objet d’art, elles sont, elles sont…non, je ne dirai rien, je ne vous gâcherai pas ce plaisir !

 

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        C’est maintenant au tour des « Noiraudes » de nous intriguer. Ce texte est sans doute celui que j’ai le moins apprécié. Ici, rien ne m’a vraiment fait frissonner. Je vous laisse découvrir l’histoire de cette ville dans laquelle de mystérieuses petites boules de poils volantes répètent tout haut, et sans cesse, vos pensées les plus intimes. De quoi devenir fou, non ? Surtout lorsqu’elles sont des centaines et vous échappent…

 

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        Enfin, voici venu le tour de « L’histoire sanglante du village de Shirosuna » ! Superbe. Sans doute le plus sanguinolent des récits, l’un des plus mystérieux et anxiogènes aussi. Il joue sur le registre du village perdu, étrangement tranquille, dans lequel la population souffre d’anémie et de graves saignements…Village surmonté d’un temple dans lequel les rituels sont tout sauf apaisants. C’est le nouveau médecin des lieux qui a de quoi de s’inquiéter, et vous lecteurs, si vous vous sentez l’audace de la suivre… Je précise qu’ici, le visuel est vraiment parfait.

 

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        Bref, vous l’aurez compris, il y a tout ce que j’aime dans ce manga. Sans être dérangeant par une violence qu’on pourrait croiser dans notre quotidien, il se joue et détourne plusieurs peurs classiques, voire ancestrales. Le visuel donne de l’envergure aux textes et l’addiction n’est pas un risque à écarter ! 

 

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14/04/2014
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