Les Ô troubles

Les Ô troubles

La maison de poupées, de Junji Ito, aux Editions Tonkam, 2010, (Junji Ito Manga collection volume 10)

        Définitivement, je deviens de plus en plus adepte de Junji Ito ! Me revoilà donc avec un nouveau volume de cette collection qui lui est consacrée : La Maison de poupées. Ce recueil regroupe sept nouvelles horrifiques, toutes différentes et surtout, toutes captivantes. Mais, il plane sur ce livre un petit manque d’explications qui, certes, sert l’effroi, mais laisse parfois le lecteur sur sa faim. Ceci dit, c’est un avis personnel, et comme cette narration entretient un sombre mystère, elle peut tout à faire satisfaire d’autres lecteurs !

 

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        L’épouvante, c’est un peu comme une drogue douce, c’est la bouteille d’alcool et le parfum du tabac…un petit réconfort quand on rentre amoché. Ce recueil est parfait sur ce point : l’originalité des situations donne de l’ampleur à l’horreur, et je ne pense vraiment pas qu’on puisse s’attendre à ce qu’on va trouver sur les planches.

 

        Le visuel est fidèle aux autres tomes : fin, appliqué, avec une volonté minutieuse de retranscrire les expressions au plus près de la réalité. On trouve à nouveau plusieurs planches plus proches du story-board que du manga. Parfois, le trait s’affine pour nous faire pénétrer l’angoisse,  sentir le parfum suave d’une aventure ténébreuse.

 

        Il y a donc sept histoires. Je vais commencer par ma favorite: « Le vieux disque », parue pour la première fois dans le « Mensuel d’Halloween » en 1990. Cette mésaventure est douce, comme la mélodie mortuaire qui constitue son épicentre. Il est question d’un air, une chanson qui envoute jusqu’au meurtre. Pourquoi ? Quel mystère recèle ce vinyle ? Je ne peux pas m’étaler sur le sujet, par crainte de vous dévoiler un peu trop d’éléments qui participent au charme du récit, mais sachez que la fin vous donnera la clef de cet acharnement morbide…

 

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        Vient ensuite, dans mon ordre de préférence: « La Maison des camarades », parue pour la première fois dans « Nemuki », Volume 20, 1993. Si cette histoire m’a conquise, c’est pour une raison très simple : les maisons hantées ont bercé mon enfance et font rêver la personne que je suis devenue ! Ici, il s’agit justement de ce thème, ou plutôt de l’une de ses variantes…Décider d’entrer dans une maison où résident les esprits peut être très nocif, surtout si ces derniers perpétuent les actes d’une époque passée, les haines qu’ils ont alors ressenties et les espoirs qu’ils ont avortés.

 

        En fait, je ne sais pas pourquoi j’ai décidé de faire un classement parce que, je parcours le sommaire et je me rends compte que « La chambre du sommeil », parue pour la première fois dans le « Mensuel Halloween » en mai 1988, serait aussi à placer en haut de la liste. Ce qui fait le charme de ce récit, c’est incontestablement son originalité dans l’horreur. Je l’ai déjà dit, mais, contrairement au cinéma, les dessins offrent une richesse visuelle qui ne déçoit jamais le « spectateur ». Ainsi, les situations atroces sont présentées sans détour ni contraintes, couchées sur la douceur du papier. Ici, c’est un atout majeur : vous êtes-vous déjà fait avaler par vous-même ? Je n’en dis pas plus, mais vous y réfléchirez à deux fois avant de vous endormir paisiblement maintenant…

 

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        « Ice cream bus », publié pour la première fois dans Histoires à dormir debout, volume 13 en 1993, n’est pas dénué d’un certain charme. Une fois de plus, l’épouvante est dans la surprise. Là où l’on s’attendrait à toute autre chose, habitués que nous sommes des histoires sordides, Junji Ito nous sert une fin…à vomir ! Nous sommes ce que nous mangeons, c’est ici incontestable…

 

        « Tabagie », publiée pour la première fois dans  Histoires à dormir debout, volume 2 en 1991, n’est pas parmi mes préférées, parce qu’elle est bien plus simple. Ceci dit, elle souligne un risque que court le fumeur assez…inattendu ! Et si le tabac que vous fumez plongeait ses  racines dans les cendres d’un crématorium, quels pourraient être ses effets indésirables ? Mais non, ne vérifiez pas votre paquet, de toute façon, il est trop tard !

 

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        « L’homme aux cadeaux », publié pour la première fois dans le « Mensuel Halloween » de janvier 1991 ne m’a pas convaincue… On attend beaucoup de ce « raté » de l’hypnose, mais malheureusement, on en obtiendra bien peu. Il y a sans doute quelque chose à y voir, mais…ça n’a pas fonctionné chez moi…

 

        Enfin, le récit éponyme de l’ouvrage : « La Maison de poupées », publié pour la première fois dans « Halloween Night 2 », en mars 1994, m’a instantanément fait penser au visuel de ce film de Park Chan-Wook : Coupez !. Pourtant, le thème est différent, mais que voulez-vous, ce sont les aléas du cerveau humain ! Je n’ai ni adoré, ni détesté ce récit, je dirais que j’ai « apprécié », sans plus. Il y a une volonté d’effroi diffus, mais la fin brise un peu le tout. Un marionnettiste qui se laisse manipuler par ses propres pantins, l’idée est belle, et le visuel le lui rend bien. Tiré par des fils, à quelques centimètres du sol, voilà une image bien effrayante d’une petite famille parfaite. Peut-être aurait-il été préférable pour Haruhiko qu’il ne passe jamais le seuil de cette demeure…

 

Pour conclure, ce volume reste fidèle à son maitre, sombre et morbide, il sera un compagnon parfait pour transformer vos nuits en longs cauchemars !

 

 



24/05/2014
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