Les Ô troubles

Les Ô troubles

Interview de Céline Rosenheim pour son recueil A l'encre de tes veines

        

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        Bonjour Céline. Tout d’abord, un grand merci d’accepter de répondre à quelques questions. Avant de les rédiger, j’ai relu ton livre et tout comme la première fois, j’ai beaucoup aimé ( c.f. sur le blog, sous-catégorie "Nouvelles" ) J’ai ensuite « sondé » quelques amis qui l’avaient lu afin de savoir quelles questions ils t’auraient posées. J’ai mélangé le tout et nous y voilà…

 

1- Un grand classique, mais si tu devais te présenter, que dirais tu à un public de lecteurs ? Comment l’envie d’écrire s’est-elle manifestée et comment s’est passé ton « passage à l’acte » ?

 

        J’ai commencé l’écriture à l’âge de dix-huit ans, j’en ai aujourd’hui vingt-six. L’idée de ma première nouvelle est venue lorsque je lisais Dracula. J’avais juste envie d’écrire une histoire de vampires et je n’ai pas vraiment réfléchi avant de me lancer. Je voulais simplement reproduire les atmosphères que j’appréciais. Au début, je n’avais pas d’autre prétention. Mais je me suis prise au jeu et, très vite, j’ai envisagé d’en faire un recueil thématique. J’ai ensuite essayé de repousser mes limites pour offrir quelque chose de plus personnel et original. À l’encre de tes veines s’est construit au fil des années.

J’ai toujours été créative et rêveuse, il était donc normal que j’en vienne à être artiste un jour mais le déclic s’est fait assez tardivement. L’écriture m’a en tout cas beaucoup aidée à prendre confiance en moi et à être fière de mon univers ou de ma personnalité. Elle m’a rendue plus forte et m’a permis d’assumer qui j’étais.

 

2- Quelles sont tes inspirations les plus directes ? J’ai cru comprendre que la littérature n’était pas ta seule muse, la musique étant elle aussi très présente dans ton recueil…

 

        J’ai d’abord été inspirée par la littérature fantastique du dix-neuvième siècle et notamment La morte amoureuse de Théophile Gautier. Par la suite, j’ai lu des récits vampiriques plus récents. Écrit avec du sang de Tanith Lee est sans doute celui qui m’a le plus marquée. Au-delà de la littérature, je m’inspire beaucoup de l’histoire et de la mythologie mais aussi des autres arts. Dans mon recueil se trouvent une actrice, un peintre sur corps, un violoniste, un écrivain…

J’ai commencé la musique il y a une dizaine d’années, un peu avant l’écriture et c’est quelque chose qui me tient énormément à cœur. Je joue de la guitare et du piano et j’ai fondé un groupe de black metal médiéval, Geisterfels, qui va bientôt enregistrer son premier EP. La musique gothique a beaucoup influencé À l’encre de tes veines, pour cette raison, j’ai indiqué une chanson au début de chaque nouvelle pour que le lecteur puisse s’imprégner de cette atmosphère. Un roman à paraître rend quant à lui hommage au black metal.

 

3- À l’encre de tes veines  mêle poèmes et nouvelles, ces deux domaines ont-ils subi la même évolution ou as-tu commencé par l’un plus précisément ? Répondent-ils aux mêmes besoins créatifs ? Ont-ils les mêmes inspirations ? Un roman pourrait-il être envisageable ?

 

        Quand j’étais adolescente, j’avais fait quelques tentatives pour écrire des poèmes mais il s’agissait surtout d’un exutoire, je n’étais pas du tout satisfaite de la forme. J’ai ressayé quelques années plus tard avec un meilleur résultat, la thématique fantastique étant pour moi plus facile à gérer que celle des émotions. Cependant, le nombre de poèmes que j’ai écrit reste très faible. Hormis les cinq textes qui se trouvent dans le recueil, il me reste simplement deux inédits qui dorment dans mes tiroirs. Je préfère maintenant réserver la forme poétique aux paroles de mes chansons.

C’est donc le format de la nouvelle qui m’a vraiment permis de démarrer et d’avoir une activité d’écriture régulière, de prendre de l’assurance et de tenter d’écrire un livre entier.

Pendant longtemps, j’ai eu l’impression de n’être que nouvelliste. Aujourd’hui, j’ai un petit roman et une novella qui sont terminés et en attente de parution. Cela reste court mais je suis plutôt fière d’avoir réussi car au début je me sentais incapable d’écrire dans ce format.

 

4- Ton thème de prédilection ici est le vampirisme, quel regard portes-tu sur ces « nouveaux vampires » qui envahissent les écrans, les BD, les lycées… ? C’est peut-être un avis erroné, mais il me semble à la lecture de tes textes que tu t’en écartes pour favoriser un vampirisme plus « classique » ? Comment situerais-tu tes vampires au milieu de la foule de ceux qui se développent en ce moment ?

 

        Je privilégie effectivement une vision du vampire que l’on pourrait qualifier de traditionnelle cependant, je n’aime pas ce mot car il me semble mal adapté. Il y a dans cette expression l’idée que l’on reste sur un chemin balisé, perpétuant simplement ce qui a déjà été fait. Or, je pense que le fantastique est synonyme de liberté. Il s’agit simplement d’utiliser un élément surnaturel comme un miroir grossissant, une sorte de révélateur qui nous montre un aspect de l’humain sous un angle différent. Le fantastique parle toujours de l’humain, même par le biais des créatures. Rien n’est interdit, chaque problème psychologique ou philosophique peut être abordé. Or, si la « bit-lit » (on va utiliser ce vilain mot pour simplifier) peut paraître novatrice de prime abord, il me semble qu’elle s’enferme bien vite dans des schémas étriqués, ressassant toujours les mêmes thèmes, principalement amoureux. Je trouve les vampires actuels désespérément superficiels et j’essaye de ne pas tomber dans cet écueil, tout simplement parce qu’il m’insupporte en tant que lectrice.

 

5- J’ai beaucoup aimé ton texte « Méduse » et, comme dans beaucoup d’autres, le vampire est sensuel, la séduction essentielle. Y a-t-il des caractéristiques qui te paraissent intrinsèques aux vampires, des éléments qui sont pour toi inévitables dès lors qu’il est question de vampirisme ?

 

        Oui, la séduction est un thème important dans mes textes. Pour moi, le vampire est une figure qui repose avant tout sur le paradoxe et les oppositions. Il y a d’un côté la beauté, le désir, l’élégance… qui nous plongent dans une sorte d’onirisme où des êtres immortels et parfaits hantent les couloirs de châteaux somptueux. Et puis, il y a le monde des cauchemars car derrière l’illusion se cache le mensonge et l’on trouve le sang, la mort et la violence, les ambiances de cimetière. C’est cette ambiguïté qui rend le vampire intéressant car il est tiraillé par sa double nature. Je n’apprécie pas les récits où le vampire est réduit à un simple monstre, tout comme je n’aime pas qu’il devienne mielleux au point de perdre sa dangerosité.

 

6- Il y a parfois des allusions géographiques dans tes textes (Londres, Les Highlands…) mais ce n’est pas toujours le cas. Comment choisis tu de construire tes décors, quel est le point primordial pour toi à ce sujet ?

 

        Je pars souvent de quelque chose d’assez visuel lorsque je commence à travailler sur une nouvelle. Un paysage correspond à une atmosphère et de là découle assez naturellement tout le reste. J’ai choisi de varier les allusions géographiques pour ne pas sombrer dans la redondance, même au niveau du décor. Vingt nouvelles c’est un nombre important, il fallait essayer d’offrir un large panel de situations.

En fait, pour chaque récit, j’ai essayé d’associer trois choses :

— Une époque, une région, une culture qui me plaît.

— Une caractéristique vampirique si possible originale.

— Une thématique philosophique ou psychologique qui me touche.

 

7- J’ai beaucoup aimé « Le sang des Fées », quelle place occupent les contes dans ton imaginaire et dans tes créations ?

 

        À l’époque, je lisais beaucoup d’anthologies et j’avais remarqué un certain nombre de nouvelles qui reprenaient la trame des contes traditionnels pour les détourner et leur donner un nouveau sens. J’ai eu envie d’écrire un peu selon le même principe. Bianca est une réécriture de Blanche Neige, une parodie qui se déroule lors de soirées gothiques. Le sang des fées n’a pas de référence précise mais la trame du récit est bien celle d’un conte. Le thème de la féérie celtique me tenait très à cœur également, je voulais absolument écrire une nouvelle qui mêle vampirisme et féérie. À côté des contes, La sève et le givre de Léa Silhol est une lecture qui m’a beaucoup marquée.

 

8- Tu n’hésites pas à conduire l’une de tes nouvelles jusqu’à Auschwitz, l’histoire est-elle pour toi un théâtre utile, une source d’inspiration ?

 

        J’ai toujours été attirée par le passé. C’était d’abord une inclination esthétique car je voulais montrer de belles choses : des châteaux, des corsets… Par la suite, c’est devenu une passion plus sérieuse et j’apprécie beaucoup les livres d’histoire. J’ai souvent privilégié les récits où l’époque était assez indistincte, sans référence à la modernité mais toujours floues. La main de Dieu m’a permis de m’ancrer dans un véritable contexte historique et, même si cela demande des recherches plus minutieuses, c’est quelque chose de gratifiant d’arriver à donner vie à l’Histoire. Beaucoup d’œuvres qu’elles soient littéraires ou cinématographiques ont déjà traité le thème des camps de concentration mais je voulais surtout éviter le piège du manichéisme et de la leçon de morale. C’est pour cette raison que j’ai  choisi une héroïne aussi torturée pour faire face aux nazis et ces derniers sont vus comme le symbole d’une cruauté humaine, bien au-delà du simple contexte de la guerre.

 

9- Dans « La fille sur le pont », l’idée de résistance et de combat personnel est très présente, as-tu voulu faire passer une idée en particulier ?

 

        Oui, c’est exactement ça, il s’agit de lutter contre ses démons intérieurs. Plus particulièrement, je me suis inspirée de mon adolescence et de la relation conflictuelle que j’avais à l’époque avec la nourriture. Rien de grave mais c’est tout de même un thème qui m’a marquée durablement. Le fait de refuser de se nourrir est une souffrance mais cela donne également une impression de contrôle, comme si la volonté et donc l’esprit étaient plus forts que le corps et ses besoins triviaux. Dans la réalité, ce triomphe de l’esprit ne dure qu’un temps et il faut se résoudre à cohabiter avec son corps mais dans une nouvelle… tout est possible.

  

10- Quels sont tes projets littéraires ? Comptes-tu rester sur le thème du vampirisme ou nourris-tu d’autres desseins ?

 

        Pour le moment, je laisse de côté le vampirisme. Vu le grand nombre de nouvelles présentes dans mon recueil, j’ai un peu l’impression d’avoir fait le tour du sujet.

Une novella intitulée Hiver Noir va paraître en novembre chez Flammèche Éditions. On reste dans le fantastique mais teinté de mythologie puisque le récit se déroule en Islande.

Un roman intitulé Diabolus In Musica paraitra lui chez les Éditions du Chat Noir en septembre 2015. Du fantastique encore et toujours : l’histoire se déroule dans le milieu du black metal et tourne autour de la notion d’inspiration et d’élan créatif.

 

11- Y a-t-il un personnage né de ton imagination auquel tu t’identifies plus qu’aux autres ?

 

        Il s’agit de Yann, le personnage principal de Diabolus In Musica. C’est quelqu’un de très solitaire qui se sent exclu de la société et qui se réfugie dans la création musicale tout autant que dans la contemplation de la nature. Son caractère est très proche du mien même s’il a été exagéré pour faire de Yann une créature pas tout à fait humaine.

 

12- Souhaites-tu ajouter ou préciser quelque chose ? Ton mot de la fin :

 

        Merci pour la profondeur de tes questions, c’est un réel plaisir que de répondre à une interview aussi personnalisée. Merci également à tous ceux qui auront eu la curiosité et la patience de me lire jusqu’au bout.

 

Je souhaiterais terminer l’interview en chanson, tout d’abord avec de la musique traditionnelle islandaise pour illustrer Hiver Noir :

https://www.youtube.com/watch?v=IYbE2coMZPc

 

Et du black metal pour illustrer Diabolus In Musica :

https://www.youtube.com/watch?v=xkyxxy6pElY

 

Merci beaucoup Céline, et à très bientôt pour ta novella et ton roman, que j'attends avec impatience!

 



08/08/2014
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