Les Ô troubles

Les Ô troubles

Excision, de Richard Bates Jr. (2012)

Synopsis 

 

        Pauline est une adolescente perturbée, obsédée par la chirurgie d’une manière plus que malsaine. Elle partage le quotidien de sa famille : une sœur atteinte de mucoviscidose, une mère un tantinet perfectionniste et un père absent malgré sa présence physique… Son fantasme d’opérer est omniprésent et envahissant, mais personne ne semble le voir…

 

 

 

        C’est d’abord la jacket du film qui m’a attirée, plus que l’histoire. Il s’agit du premier long métrage de Richard Bates Jr. et il se trouve qu’il a reçu plusieurs prix alors j’ai envie de lui faire confiance. Le fait qu’il s’agisse d’une adaptation en version longue d’un court métrage pouvait effrayer, mais finalement non : Richard Bates a su étirer la matière à merveille !

 

        De manière générale, ce film se situe à la frontière entre le drame psychologique et le film « d’horreur-épouvante » (catégorie dans laquelle il est le plus souvent classé). Ce qui est certain c’est que l’ambiance met mal à l’aise; à la fois effrayante, lourde de menaces et riche en visions oniriques troublantes.  

       Le personnage de Pauline, magnifiquement interprété par Annalynne  McCord, est clairement glauque et en même temps attirant. Tellement plus intéressante que les lycéennes poudrées, talquées et angélisées ! Elle est plus écœurante que vraiment détestable. Moins rose que lépreuse. Mais, ce qui est touchant ici c’est de voir à quel point la maladie de sa sœur l’emporte sur la sienne dans l’esprit de ses parents alors que, malgré la différence des symptômes, elle a tout autant besoin d’aide. Au final, on s’attache à elle…sa passion dévorante on l’a tous connue, dans d’autres domaines (j'espère!), à cette époque si étrange qu’est l’adolescence. Le personnage de Pauline est donc tout à fait attirant et Richard Bates parvient à nous faire ressentir l’omniprésence de son mal-être, notamment en revenant souvent sur les mêmes plans, soulignant la répétition de son obsession. 

        La tyrannie de la mère et la faiblesse du père justifieraient presque certains de ses actes. Mais bien plus que de la provocation, Pauline devient, sous nos yeux, le miroir effrayant de ses ardeurs chirurgicales et morbides. Sa sœur ajoute un trait noir au portrait déjà dérangé de cette famille américaine ; la présence de la mucoviscidose et des soins qu’elle implique laissent planer une ombre morbide sur le tableau. Ce n’est pas juste une bande sur les problèmes adolescents que nous donne à voir Richard Bates ; c’est réellement la gestation de l’immonde sous l’œil mort et aveugle d’une famille qui se veut modèle.

 

        Le visuel du film est intéressant même s’il ne m’est pas apparu comme vraiment original. Il y a les scènes où Pauline est éveillée et où nous pressentons le drame à venir qui la gangrène déjà. Puis, les scènes plus « oniriques »…froides et aseptisées, sensuelles et ensanglantées pour la plupart. La présence de la chirurgie est globalement plus fantasmée que réellement pratiquée. Ce point rend Excision particulièrement plaisant, on joue sur un fil entre fantasme et passage à l’acte. 

D’autres petits interludes m’ont laissée bien plus insatisfaite lorsque nous frôlons les univers explicitement déjà vus (je pense à cet homme qui regarde, sourire aux lèvres, mais…stop, pas de spoile chez moi !).

 

        Ce que je regrette peut-être, en plus d’un petit air de déjà vu dans certains flashs, c’est l’attitude parfois peu crédible de Pauline. Je veux dire par là que tout autre qu’elle, dans sa situation de rebut de son lycée, n’aurait sans doute pas abordé de cette manière le garçon sur lequel elle jette son dévolu…

 

Mais si je devais conclure je dirais que j’ai passé un très bon avec ce film qui, je pense, restera dans les dix meilleurs visionnés ces derniers temps (en VOST par contre svp) !  

 

 



08/04/2013
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